Le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée mise sur les technologies numériques.

Exposition « Trésors du quotidien ?

L’exposition « Trésors du quotidien ? Europe et Méditerranée » du musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) a ouvert ses portes, le 30 mars dernier, dans un bâtiment rénové situé sur la place d’armes du fort Saint-Jean, à Marseille.

C’est la première grande exposition de préfiguration du futur musée national qui verra le jour en 2011 ; il occupera le fort Saint-Jean dans sa totalité, un nouveau bâtiment, conçu par les architectes Rudy Ricciotti et Roland Carta, relié au fort par une passerelle ainsi qu’un centre de conservation qui sera construit près de la gare Saint-Charles.

Trois cent vingt cinq objets ont été choisis pour leur puissance d’évocation et pour leur capacité à exprimer la mémoire collective des civilisations de l’espace euro-méditerranéen. Outils, meubles, objets domestiques, vêtements, parures, jeux, objets témoins d’une croyance ont été sélectionnés, parmi le million d’objets qui forme la collection du musée.

Pour aider les visiteurs à mieux comprendre l’origine et les usages des objets exposés, appréhender le contexte dans lequel ils étaient utilisés et expliquer la démarche scientifique des enquêtes ethnologiques qui sont à l’origine de leur présence dans les collections nationales, le MuCEM a fait largement appel aux technologies numériques.

En effet, la démarche multimédia s’impose aujourd’hui dans un musée de société comme le MuCEM, dont l’objectif est de faire percevoir les profondes parentés et les multiples variations qui existent entre les cultures populaires présentes dans l’espace géographique auquel s’intéresse l’institution.

La rencontre organisée, en novembre 2006, dans le cadre du Grand Versailles Numérique, suivie au premier semestre 2007, par le séminaire « Muséologie/muséographie et nouvelles formes d’adresse au public » au Centre G. Pompidou, ont été l’occasion de confronter des initiatives innovantes et de s’interroger sur les nouveaux outils à mettre en œuvre (géolocalisation, web 2.0, interfaces 3D, video, mobilité, podcasting, etc.) pour construire une véritable politique de médiation numérique dans les lieux culturels ouverts à la visite.

C’est dans l’amélioration des services proposés au public, leur personnalisation et l’enrichissement éditorial multimédia des interfaces 2D ou 3D que les technologies numériques apparaissent les plus prometteuses. Ces dernières années, le niveau qualitatif des sites web a fortement augmenté, il devient de plus en plus difficile de fidéliser les visiteurs ; la mise en œuvre des concepts du web 2.0 peut fournir des atouts supplémentaires aux institutions culturelles en incitant à une participation directe des internautes.

Le MuCEM a souhaité explorer ces voies, ainsi pour l’exposition « Trésors du quotidien ? Europe et Méditerranée», c’est tant l’expression des visiteurs sur l’exposition que l’accès à une riche documentation multimédia sur les objets et le téléchargement gratuit des fichiers sonores et visuels (notamment de l’audioguide) qui ont été privilégiés. Plusieurs dispositifs numériques, complémentaires entre eux, ont été conçus pour figurer au sein de l’exposition et sur le web.

Au sein de l’exposition :
> Neuf systèmes fixes de diffusion multimédia sont associés à certains objets et tout particulièrement aux instruments de musique ;
> Sept dispositifs sont proposés en libre accès dans « l’atelier de l’ethnologue » pour écouter des enregistrements issus d’enquêtes ethnologiques, visionner des interviews filmées de chercheurs ou des films tournés sur le terrain depuis le début des grandes enquêtes et collectes du MNATP ;
> Une base de connaissances est accessible sur une borne multimédia pour en savoir plus sur les objets, elle donne accès à la totalité des notices commentées ;
> Avec l’aide de la société Apple France, soixante dix « iPods » sont proposés comme audioguides pour faciliter la visite.

L’atelier de l’ethnologue
L’atelier de l’ethnologue

Sur internet :
Un site web spécifique à l’exposition (http://www.mucem.eu) a été conçu, sur lequel figurent :
> des informations pratiques pour accéder à la nouvelle salle d’exposition du musée au sein du fort Saint-Jean ;
> une description de l’exposition pour comprendre son organisation spatiale en trois principaux secteurs appelés : utilité, distinction, transmission ;
> complétés par la rubrique  » l’atelier de l’ethnologue  » qui donne accès au programme des conférences, à des enregistrements sonores émanant d’enquêtes ethnologiques et à des interviews filmées de chercheurs ;
> des présentations multimédias (textes explicatifs, cartes, commentaires sonores, films) pour une soixantaine d’objets exposés, avec la possibilité de télécharger tous les documents et en particulier l’audioguide;
> un livre d’or électronique, présenté sous forme d’un vidéoblog, sur lequel on peut prendre connaissance des avis des visiteurs sur l’exposition. Lors d’une courte interview filmée avec un téléphone portable, les animateurs du musée demandent aux visiteurs volontaires quels sont les trois objets qui les ont le plus marqués et quel est leur trésor personnel. Au sein de l’exposition, un visiteur peut également donner son avis par écrit mais l’expression directe en ligne constitue un tournant dans les relations du musée avec son public.

La page d’accueil du site web de l’exposition

Ce site web s’inscrit dans l’esprit et la continuité de la collection multimédia sur les recherches ethnologiques du musée, lancée en 2005 avec le soutien de la mission de la recherche et de la technologie (MRT) et qui compte d’ores et déjà sept publications sur des sujets qui vont des techniques verrières au Hip Hop en passant par l’olivier et les cafés d’Europe et de Méditerranée.

Le musée comme média
La possibilité de télécharger gratuitement (en baladodiffusion ou podcasting) sur un site web des fichiers sonores (au format mp3 avec illustration et vidéos (au format mp4), décrivant la thématique et les objets d’une de ses expositions ou présentant ses recherches est nouvelle pour un musée national et tout particulièrement pour le MuCEM.

Elle enrichit fortement son offre en ligne, augmente son impact auprès du public, elle permet au visiteur de préparer sa venue au musée, mais aussi d’installer les documents qui l’intéressent sur son mobile personnel (téléphone portable, baladeur, assistant PDA, etc.). Celui-ci pourra ensuite servir d’audioguide ou de vidéoguide dans la salle d’exposition mais pourra aussi être consulté en tout lieu et sans contraintes.

Dans le cas de l’exposition « Trésors du quotidien ? », si le visiteur possède un « iPod », il peut utiliser le logiciel « iTunes » pour télécharger gratuitement l’ensemble des cinquante quatre fichiers de l’audioguide, ce qui simplifie le processus d’acquisition et apporte des fonctionnalités complémentaires de sélection. La présence de la collection du MuCEM sur « iTunes » accroît fortement la visibilité de l’institution sur le réseau mondial sans pour autant que cette technologie bénéficie d’une exclusivité. Si le visiteur ne dispose pas de son propre baladeur, il peut obtenir, à l’entrée de l’exposition, un « iPod » configuré en audioguide, qui est compris dans le prix du billet.

La démarche de téléchargement gratuit est très répandue dans le monde des radios et des télévisions car, en permettant d’écouter ou de voir leurs émissions en temps différé sur des supports mobiles, elle en multiplie très fortement l’audience ; seuls certains musées canadiens ou anglo-saxons proposaient jusqu’à présent ce type de service au public.

Depuis 2006, le Château de Versailles permet, à son tour, sur un site web spécifique, des téléchargements gratuits de fichiers sonores et vidéos de visites guidées, d’extraits de films ou de documentaires. La Cité des sciences et de l’industrie utilise, elle aussi, cette technique pour diffuser les débats de son Carrefour numérique.

La manière dont tous ces outils numériques sont utilisés par les visiteurs de l’exposition du MuCEM fait l’objet d’une évaluation par un laboratoire spécialisé de l’université d’Avignon, sous convention avec le musée. Cette recherche permettra de mieux connaître les réactions, attentes et besoins du public. Elle orientera la nature et la forme des futures productions du musée afin d’améliorer les services multimédias, les rendre plus proches des publics tout en étudiant les formes de contribution des visiteurs aux activités de l’institution, permises par les outils numériques d’aujourd’hui sur le web 2.0.

Note sur la fréquentation des sites web de l’exposition « Trésors du quotidien? Europe et méditerranée »
La présence sur internet de l’exposition « Trésors du quotidien ? Europe et Méditerranée » prend plusieurs formes :
Le site web du MuCEM (http://www.mucem.eu) ; ce site diffuse des informations pratiques et prépare à l’exposition en donnant accès à des textes, des images, des commentaires sonores (repris dans les audioguides) et des vidéos concernant 50 objets (géolocalisés sur une carte) et illustre les contenus de l’atelier de l’ethnologue. Il permet également d’écouter des interviews de visiteurs (vidéoblog). Depuis début juin, il donne également accès aux fiches de la totalité des objets (application réalisée en interne).

> le site web « Zevisit » (un des sites de la société qui a réalisé les enregistrements sonores). Celui-ci met en valeur les images de 50 objets et les commentaires sonores associés.
> le site « Voyazine » de « VoyagesSNCF.com » qui présente l’exposition dans ses pages consacrées à Marseille et qui donne accès aux audioguides,
> le site « iTunes » d’Apple sur lequel les audioguides et les images sont téléchargables dans la partie « Culture et Société » ou en tapant un mot-clé comme : mucem ou civilisations, ..
> le site de la RMN qui diffuse depuis peu les audioguides comme le fait le site Via Michelin.

L’analyse des fichiers de connexions à chacun des serveurs permet d’évaluer la fréquentation par les internautes des différents sites web et notamment de mesurer le nombre exact de téléchargements des fichiers multimédias.

L’examen des statistiques de consultation montre l’importance des fichiers sonores et vidéos dans l’attractivité de ces productions multimédias, ce qui valide les choix effectués par leurs concepteurs qui les ont privilégiés.

Du 21 mars 2007 au 31 mai 2007, 591.770 fichiers sonores (au format mp3) ont été téléchargés sur l’ensemble des sites web décrits précédemment. Un chiffre aussi élevé a pu être atteint car la totalité des 54 fichiers mp3 des contenus de l’audioguide peut être téléchargée à l’issue d’un simple clic, ce qui a été réalisé 10.746 fois durant cette période. Dans le même temps, les films (compressés au format flv) accompagnant certains objets et les interviews des visiteurs ont été visionnés 5.246 fois sur le site du MuCEM.

Les statistiques montrent que les internautes ont nettement privilégié la diffusion directe des films (le format flv permet le « streaming », c’est à dire que le film est visible dès le début de son téléchargement) au téléchargement préalable des fichiers vidéos pour un visionnage ultérieur sous « Windows Media » par exemple.

Sur le site propre du MuCEM, le nombre total de pages vues en 72 jours a été de 38.510, avec un certain tassement au mois de mai.Les logiciels d’analyse utilisés ne fournissent que des moyennes pour les nombres de visites effectuées, mais on peut évaluer à 20.300 le nombre des visites durant la période, c’est à dire à plus de 280 visites par jour sur l’ensemble des sites.

Ces chiffres s’entendent hors visites automatisées des moteurs de recherche.Compte tenu du sujet de l’exposition et de la notoriété naissante du MuCEM, ces chiffres de consultation sont satisfaisants, ils ont été dopés par la présence de nos productions sur des plateformes très fréquentées comme celles de Zevisit, de Voyages SNCF ou d’iTunes. Ils pourraient probablement être sensiblement augmentés en améliorant le référencement sur les grands moteurs de recherche et en multipliant les mots clés.

Ces résultats montrent que le public apprécie particulièrement les commentaires sonores et vidéos et que l’effort doit être amplifié dans le sens d’une plus grande valorisation par les équipes du MuCEM de ce type de ressources multimédias. A ce titre, le partenariat avec la société marseillaise qui exploite « Zevisit » a été positif et mérite d’être poursuivi à l’occasion des futures expositions.

Jean-Pierre Dalbéra
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