« Les technologies de l’information au musée »

COMPTE RENDU DE MISSION – Séminaire organisé au Museum de Lyon par le Centre Erasme – 5 juin 2007, 14h – 17h

Accueil (Michel Cottet, directeur du musée)
Le musée des confluences (MC) va succéder au Museum d’histoire naturelle de Lyon. Il organise d’ores et déjà de nouvelles expositions dans l’esprit du projet. Les nouveaux bâtiments sont en construction et leur ouverture est prévue fin 2009.
Un centre d’étude des collections a été créé, des acquisitions viennent compléter les collections existantes, par ailleurs, les scénographes ont commencé leur travail.
Les technologies numériques seront présentes dans le nouveau musée mais les réflexions ne sont pas terminées au sujet de leur rôle en matière de médiation.

Introduction au séminaire (Yves-Armel Martin : directeur de la mission technologies de l’information du département du Rhône / Centre Erasme)
Y.A. Martin présente le programme du séminaire puis les travaux du centre Erasme.

http://reseau.erasme.org/5-juin-rencontre-sur-les?var_mode=calcul
Projection d’un film sur les missions du Museolab, partie du Centre Erasme consacrée à la muséographie et sur l’usage des puces RFID qui servent à personnaliser la visite d’une exposition.

Les TIC seront intégrées aux expositions du MC,
– pour proposer différents niveaux de lecture des contenus,
– pour montrer l’invisible et permettre des simulations,
– pour faire mieux participer le visiteur,
– pour multiplier ses expériences sensorielles (volonté d’enchantement du visiteur),
– pour poursuivre la visite du musée dans le temps et dans l’espace (avant et après la visite)

Méthodes appliquées au Centre Erasme (dir. Y.A. Martin)
http://museolab.org
Les TIC donnent des opportunités nouvelles aux concepteurs et permettent de proposer de nouveaux usages mais ce sont les visiteurs qui choisissent in fine. L’objectif du Centre est de faciliter cette appropriation.
Il s’agit de rester lucide sur les conséquences des applications technologiques sachant que la culture numérique évolue sans cesse. Il faut en tenir compte dans les choix technologiques qui sont faits. Les prouesses technologiques d’aujourd’hui deviennent rapidement obsolètes et se banalisent.
Le Museolab a été créé par le département du Rhône. Il fait de la veille technologique, réalise des maquettes d’installations interactives qui sont testées avant d’être retenues par le MC.
Le Museolab a un partenariat avec le laboratoire Multicom de Grenoble.
Le futur système d’information du MC sortira de ces expérimentations.

Les principes d’actions
Au sein du MC, le souhait est de rendre invisibles les écrans et claviers, de les faire oublier par les visiteurs.
Il faut éviter les prothèses encombrantes (casque de réalité virtuelle, audioguides etc…)
Il faut travailler la personnalisation des expositions et éviter les guides multimédias sauf pour les visiteurs étrangers (langues), les handicapés et d’éventuelles applications spécifiques.
Il faut faciliter l’accès à distance à l’exposition pour préparer la visite, pour trouver les informations pratiques,..
Il faut multiplier les expériences sensorielles.

Les dispositifs étudiés au Muséolab sont :
– les puces RFID,
– le texte numérique,
– les interactions avec le visiteur

Les RFID, quelles possibilités pour les musée (Christian Perrot, lab. Multicom, Grenoble)
Une puce RFID est un circuit électronique dans lequel se trouvent des informations qui sont lisibles et réinscriptibles à distance, la puce incorpore une antenne, mais elle est sans alimentation propre, (coût moyen : 1 €)
Il faut utiliser un lecteur doté d’une antenne, qui émet un champ magnétique. Ce rayonnement réveille la puce RFID et lui permet de communiquer avec elle.
Les fréquences utilisées sont dans 3 domaines, les distances de lecture sont variables de 1 cm à 15 mètres en fonction de la taille des antennes et des puces.
Des tests de puces différentes (tailles variables des antennes) destinées aux visiteurs ont été effectués sur une plateforme expérimentale dans le laboratoire. Les collisions ont été étudiées, il est possible de traiter sans difficulté jusqu’à 100 visiteurs en même temps.
Les RFID UHF 864 MHz sont détectables à 15 mètres. On note une sensibilité aux masses métalliques et à l’eau, ce qui impose de les éloigner du corps humain.
Les puces permettent la personnalisation de la visite (langues choisies, historique de la visite, handicaps, retour d’informations sur le web,..)
Grâce aux puces RFID, on peut faire des statistiques complètes sur les parcours des visiteurs.
Pour en faire un usage optimal, il faut intégrer les puces RFID en amont de la scénographie.

Les freins de la diffusion massive des RFID sont :
– le coût (1000 € par lecteur UHF, dont la taille reste imposante, la puce est à 1 €)
– la collecte d’informations issues des parcours de visite,
– le back office qui permet de traiter les données,
– les systèmes d’alimentation nécessaires aux lecteurs,
– les réseaux informatiques de traitement des données collectées.
Le laboratoire Multicom est prêt à monter des projets avec des industriels, à expérimenter de nouveaux systèmes avec des musées.

Personnaliser la visite grâce aux RFID (par Myriam Prot-Poilvet : musée du Louvre)
http://museumlab.jp

L’intervenante est chargée de mission pour développer le Museum Lab qui fait l’objet d’un partenariat du musée du Louvre et de la société japonaise DNP.
Museum Lab a été créé à Tokyo, il y a 2 ans, avec une entreprise japonaise de technologies informatiques : Dai Nippon Printing (DNP) qui assure elle-même les développements informatiques associés aux expositions du musée du Louvre.
En effet, le but du Museum Lab est de créer un environnement multimédia autour d’une œuvre prêtée par le musée du Louvre à l’entreprise japonaise. Chaque œuvre est exposée à Tokyo durant quelques mois.
Elle souligne que les choix de développement technologique sont faits à partir d’une écoute attentive des conservateurs et de leurs intentions. Les informaticiens doivent adapter ensuite les dispositifs aux objectifs des concepteurs de l’exposition.
Le département des publics du musée du Louvre a mis en place un système d’évaluation des usages du Museo Lab.
Deux expositions par an ont lieu à Tokyo, ce qui permet de faire plusieurs expérimentations.

Les 7 principes d’action du Museo Lab sont les suivants :
1. La cohabitation des dispositifs numériques avec l’œuvre n’est pas naturelle, il s’agit donc d’éviter que les écrans détournent le public de l’œuvre. Les publics doivent concentrer leurs regards sur l’œuvre pas sur les ordinateurs.
2. L’interactivité doit réellement servir à la médiation.
3. La personnalisation doit permettre de segmenter les publics afin de mieux répondre à leurs attentes. Une puce RFID peut orienter l’offre muséographique en fonction de la demande du visiteur (la langue est simple à choisir mais certains choix sont plus problématiques comme le niveau de connaissance par exemple), Jusqu’où aller dans la personnalisation ?
4. Les groupes face à des dispositifs multimédias posent de nouveaux problèmes de gestion des contenus car ils ne sont jamais homogènes.
5. Les itinéraires guidés posent des problèmes de choix. Quelle sélection doit-on faire parmi les œuvres présentées ?
6. Quelle doit être la participation des visiteurs à une exposition ?
7. Qu’est ce que le multimédia apporte vraiment ? Face au conférencier, le multimédia doit trouver son place.
A ce jour, deux expositions ont eu lieu à Tokyo : a) le carabinier, de Gericault, b) trois statuettes de Tanagra,

La prochaine exposition sera autour de la Vierge au lapin.

Plusieurs systèmes différents ont été étudiés à l’occasion de la première exposition dans le but d’expliquer l’oeuvre.
A l’accueil de l’exposition, le visiteur met son ticket RFID dans un lecteur pour inscrire ses préférences, un écouteur lui est donné (de type « audiobone » qui est un casque spécial ne bouchant pas l’oreille et qui utilise l’os de la mâchoire pour conduire le son), dans l’espace multimédia, les claviers sont bannis au profit d’écrans tactiles.
Il y a également des projections TVHD qui ont été créées pour accompagner l’exposition.
Pour la lecture des cartes RFID, des lecteurs visibles ont été conservés mais la prochaine exposition utilisera des lecteurs non visibles par le visiteur.
(Projection d’un film sur l’inauguration de l’exposition du Carabinier qui a été réalisée en 3 langues)
Le visiteur peut conserver son ticket sur lequel un numéro lui permet de retrouver sur le site web le parcours qu’il a effectué dans l’exposition.
Pour l’exposition sur la Vierge, des dispositifs immersifs sans écran, ni clavier seront mis en place.

Projection d’un film du Museum de Lyon sur une animation pour les enfants faisant appel à des puces RFID pour déclencher des systèmes d’information en fonction des choix effectués.

Analyse de l’exposition « Ni vu, ni connu » (nov. 2005-juillet 2006 au Museum de Lyon)
Pour la réalisation de cette exposition sur le camouflage, des puces RFID ont été utilisées au sein de la scénographie. Le Museum a été en partenariat avec Multicom, le Centre Erasme, une juriste du CNRS spécialiste des données personnelles, et la CNIL.
Dans l’exposition, toutes les formes de camouflages ont été traités : les camouflages évidents :
dans l’armée, dans la nature ; les camouflages indirects : les rêves, jusqu’au fantasme d’invisibilité.
Cette exposition a privilégié une scénographie participative et immersive jouant avec le public (bornes orientables de Directivision, vitrines spéciales,..).
Des puces RFID invisibles ont permis de traiter la problématique « Big Brother » en captant des informations sur les visiteurs sans le leur dire et en leur dévoilant les résultats à la fin de leur parcours (surveillance, traçabilité des visiteurs, photographies à leur insu,..)
Le but était de stimuler une réflexion éthique.
A la fin de l’exposition, les visiteurs étaient informés de l’existence de ces informations et pouvaient soit les détruire, soit les recevoir sur leur mel. Le but était de leur faire prendre conscience du rôle de la CNIL dans la défense de leur vie privée.
Des statistiques d’utilisation ont été ensuite présentées.
Enfin, un exposé a présenté les résultats de l’étude de comportement des visiteurs de l’exposition, en s’appuyant sur les données récoltées grâce à la présence des puces RFID. Ces dernières permettent d’obtenir des renseignements extrêmement précis sur les temps passés par les visiteurs dans les différentes parties de l’exposition. Ces mesures peuvent servir à analyser les qualités et défauts tant de la scénographie que des dispositifs numériques mis en œuvre.

Jean-Pierre Dalbéra
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